La vibration intégrée

Il y a dix ans, tout tenait sous un seul nom. Aujourd’hui, ce nom s’est fait flux — il circule dans chaque essence. Et ce week-end, nous revenons à chacune pour retrouver son nom d’origine.

Il y a des noms qu’on porte un temps, puis qu’on dépose. Non pas qu’on les oublie — ils ont fait leur œuvre. Ils nous ont menés quelque part, et une fois arrivés, ils n’ont plus besoin d’être prononcés. Ce nom-là, je l’ai porté longtemps. Assez longtemps pour qu’il n’y ait plus à le dire : il s’est dissous dans ce qu’il désignait. Aujourd’hui, il ne nomme plus rien de particulier, parce qu’il est partout — intégré, en silence, dans chacune des essences.

C’est comme pour un prénom. Sous Jean-Baptiste, il y a Yohanan — la forme première, celle d’où tout part. On ne l’écrit pas sur les papiers, on ne le présente pas, et pourtant c’est lui qui vibre en dessous, la note d’origine. Un prénom porté assez longtemps n’a plus besoin de sa source pour exister ; la source, elle, continue de le nourrir. Il en va de même pour ce qui, hier, portait un nom et qui aujourd’hui circule, sans nom, dans tout ce que nous créons.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’un flux. Pas d’une marque, pas d’une étiquette. Quelque chose qui passe, qui relie, qui remet en mouvement. Je ne cherche plus à accompagner — je préfère dire : permettre de retrouver une fluidité. Permettre à ce qui s’était figé de recommencer à couler. C’est une nuance, mais elle change tout. On n’ajoute rien à personne ; on aide seulement ce qui est déjà là à circuler de nouveau.

Et pour que ce flux soit juste, le nom doit l’être aussi. C’est la réflexion de ce week-end : revenir à chaque élixir et chercher son nom d’origine, celui d’avant. Je commence par la première essence née près du feu, à Bromont. Je l’ai appelée Anna. Mais était-ce Anna, ou son nom plus ancien, Hannah ? La question n’est pas un détail : derrière chaque nom, il y a une vibration première, et c’est elle que je veux retrouver, une à une, pour que chaque élixir sonne juste à sa source.

Un nom juste, d’ailleurs, ne tient pas en l’air : il tient à un lieu. Ces essences naissent à Glastonbury, sur les hauteurs d’Avalon, là où la terre semble garder la mémoire des choses. C’est de là qu’elles partent, c’est là qu’elles reviennent. Retrouver le nom d’origine, c’est aussi retrouver ce point d’ancrage — le sol d’où le flux a jailli la première fois.

Jean-Baptiste Mennetrey

Perfumer-alchemist🌿& pilgrimage guide. Art, ritual and olfactive elixirs 🐾 Kahu of Rose

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